Jamais, dans toutes les visites que j'aurais effectuées, un pays ne m'aura autant étonné que Cuba. Si un terme s'applique à Cuba c'est bien le terme
« surprenant
». La traversée de l'île entre Santiago de Cuba et la Havane m'a permis de découvrir un pays rempli de paradoxes mais qui, étrangement, cohabitaient bien ensembles.

Bon pour commencer, histoire d'expliquer la situation actuelle, il faut revenir en
arrière dans l'histoire cubaine. Dans un premier temps, les colons espagnols qui détroussaient les cubains de leurs biens pour ne leur laisser que de quoi survivre et tout rapatrier en Espagne.
Jusqu'à ce qu'une première révolution eut lieu au 19ème siècle emmenée par le propriétaire terrien Carlos Manuel de Cespedes ....
Puis, l'arrivée du Dollar, des américains, de leurs grands
complexes hôteliers, de l'argent de la prohibition et de la Mafia dans les années 1940 et le fait que Cuba est donc devenu un lieu de débauche où se côtoyaient les américains fortunés
venus flamber leur argent dans le jeu, le sex et l'alcool (tout ce qui était prohibé à ce moment là aux Etats-Unis) et les représentants des plus grandes familles mafieuses mondiales.
Et tout ça sous le regard bienveillant (hum hum) de
Monsieur Fulgencio Batista qui était devenu un pantin des USA. Le problème c'est que derrière ces façades de luxe, de stupre et
autres déviances il y avait un peuple qui souffrait, des femmes violées et battues à mort par les touristes ivres, des hommes détroussées de leur peu de fortune par une mafia toujours plus présente
et des paysans qui cultivaient des terres pour finalement se voir réquisitionner abusivement toutes leurs récoltes pour les hôteliers de la région.
Le peuple souffrait et
soudainement un groupement d'une dizaine d'hommes éduqués dans les meilleurs écoles de Cuba décident qu'il en est trop et établissent lentement un plan d'attaque, mettent en place une révolution,
histoire de rendre au peuple ce qui lui revient, marre de vendre son âme au diable américain. Soutenus par l'argentin Ernesto « Che » Guevara, médecin dentiste idéaliste et
révolutionnaire charismatique, Fidel et Raoul Castro mettent en place un plan d'attaque qui va permettre d'obtenir la démission de Batista en 1962. Après la révolution, Che Guevara n'est
pas resté auprès de Fidel pour l'aider à mettre en place son nouveau gouvernement et est parti au Congo pour y faire une nouvelle révolution. Dès lors Fidel a eu toute liberté pour y instaurer un
régime qui lui semblait, au départ, juste. Socialiste dans l'âme il a tenté de mettre en place un mouvement Marxiste. Cela aurait pu bien tourner s'il n'y avait pas eu la guerre froide et que
l'union soviétique n'avait pas trouvé en Cuba le moyen de s'approcher « pas trop difficilement » de l'ennemi américain. Et c'est là qu'après avoir arraché l'âme de Cuba des griffes du diable
américain, Fidel l'a vendu au démon soviétique. Finalement ... je ne vais pas faire de jugement, ce n'est pas le but... mais je me pose la question de savoir si ce choix fut « judicieux ».
A l'heure actuelle Cuba souffre toujours, mais différemment, le peuple vit en autarcie et n'a plus qu'un allié sous la forme de Chavez (Venezuela). Les américains attendent - en
se frottant les mains - la mort de Fidel et les Russes ont retirés toutes leurs billes depuis 1990 car ils ont assez à faire avec leurs problèmes... Certains ne réalisent pas encore que
tout va changer, d'autres ont peur et essayent de fuir (ex : les 7 joueurs de foot et autres sportifs d'élite) et les troisièmes commencent à rechercher les moyens de provoquer
un marché parallèle leur permettant de créer des bas de laine en cas de mauvais, très mauvais, jours. Le vent tourne, on le sent tourner et les cubains aussi le sentent. Ils regardent
avec méfiance dans l'avenir tout en espérant des jours meilleurs. Les cubains ont vu leur pouvoir d'achat chuter de manière terrifiante depuis que l'union soviétique est tombée et que les
touristes deviennent de plus en plus nombreux. Les prix ont quadruplés, voir même décuplés pour certains quand les salaires quant à eux sont restés les mêmes. Seuls les artistes,
les gens qui travaillent dans le tourisme et les apparatchiks du parti arrivent à un niveau de vie que l'on pourrait considérer comme correct.
Cependant le peuple cubain vit la vie à fond, il l'aime, la chante. Le
cubain vit par, pour et à travers la musique. Dans n'importe quel bistrot, n'importe quel lieu vous trouverez une touche de musique, de danse et de chants. Dans la rue, dans les magasins, dans
les patios des maisons, les cubains chantent, jouent d'un instrument ou dansent la vie. Les cubains aiment vous voir participer quand ils chantent. Ils aiment vous faire partager leur culture
musicale et n'hésitent pas à chanter pour vous remercier de leur avoir fait cadeau de votre briquet. Le cubain a la musique, le son (musique traditionnelle) et la salsa dans la
peau...
Le cubain est accueillant, si vous lui faite un sourire il vous le rendra d'un signe de la main, il vous remerciera de ses yeux de vous arrêter quelques secondes auprès de lui, il sera
ravi de partager avec vous quelques instants. Je l'ai vécu dans une maison très pauvre près de Baracoa, où une dame très malade m'a demandé de s'asseoir à ses côtés et m'a pelé une
banane pour la partager avec moi. J'en ai pleuré, j'en suis restée déchirée, elle m'a pris la main et m'a dit de « profiter de la vie ». Je dois avouer que vous sortez changés d'une telle
aventure.
Je l'ai vécu avec un homme âgé qui a accosté J. (l'amie qui m'accompagnait) une guitare à la main pour lui chanter une chanson et qui a refusé que l'on lui donne de l'argent quand nous sommes
partis. Je l'ai vécu au sein de la maison de la Trova de Baracoa où on m'a dédicacé une chanson uniquement en raison de mes yeux bleus.
Je l'ai vécu avec ce policier qui nous a envoyé un baiser virtuel depuis le lieu où il était de piquet parce que nous l'avions salué en passant. Je l'ai vécu avec ce petit garçon d'environ 7 ans
qui m'a demandé de le prendre en photo quand il a vu mon appareil et qui m'a fait son plus beau sourire et a eu l'air de recevoir le cadeau du siècle quand je lui ai tendu un stylo. Il avait
tellement de plaisir de se voir en photo aussi ...
Cuba ne peut pas vous laisser indifférent. Cuba ne peut pas vous laisser
insensible. Cuba est une grande aventure humaine. L'ambiance actuelle de Cuba est unique, tellement paradoxale, tellement fascinante et tellement surprenante. Certains seront choqués par
la pauvreté et penseront que le communisme représente le mal en puissance cependant il sied de relever qu'il n'a pas que des mauvais côtés, l'éducation est garantie pour tous, il n'existe donc
aucun analphabète à Cuba, la médecine est garantie pour tous et il n'y a pas de distinction entre riches et pauvres et tout le monde à accès aux mêmes « prestations » publiques. Il n'existe donc
aucune envie, aucune délinquance et aucune violence envers les siens.
Que se passera-t-il quand le marché libre arrivera à Cuba ? Quand il y aura possibilité de se faire de l'argent, parfois de l'argent facile en marchant, écrasant les autres ?
Le capitalisme pur et dur ne semble en tout cas pas la bonne solution pour ce pays. Il risque plutôt d'amener ce dernier à sa perte et d'entraîner Cuba dans les mêmes bas fonds qu'elle avait
touché dans les années 50... Et j'avoue que j'ai peur que Cuba perde ce qu'elle a de beau encore à l'heure actuelle, soit l'accueil chaleureux et gentil des locaux, et qu'il entraîne ces derniers
à un exode en masse ou alors à une nouvelle révolution...
Je me suis dès lors posée cette question de savoir si cuba serait condamné à un éternel recommencement ?
Mais je ne peux que vous conseiller d'y aller, d'y voler, d'y courir (ça sera un peu plus dur)... mais c'est merveilleux.
(P.S: je remercie J. de m'avoir passé ses photos car si elle n'avait pas été là je n'aurais pas pu partager cela avec vous. T'es merveilleuse ma grande je ne te l'ai pas dis souvent... mais t'es
génialissime).
Ce que vous en dites...